Barrage du Couesnon

Barrage du Couesnon

Désensablement du Mont Saint Michel

Le désensablement du Mont Saint Michel a été décidé en 1995 par les politiques. 15 années plus tard, le rêve est devenu réalité. Au prix de milliers d’heures d’efforts, le barrage du Couesnon a vue le jour et est entré en fonction en 2020. L’architecte Luc Weizmann a conçu un ouvrage d’art unique au monde… Un article de Jack Lecoq

Le barrage du Couesnon désensable le Mont Saint Michel

La feuille de route imposée aux ingénieurs, par les politiques, en 1995, est claire. Ils doivent désensabler le Mont Saint Michel dans un rayon d’un kilomètre et demi, autour du monument. Mission accomplie, en 2020, grâce au puissant  barrage du Couesnon.

Le Mont Saint Michel avant le désensablement
Le Mont Saint Michel avant le désensablement (photo Jack Lecoq)

Sable et sédiments de la baie

Comment débarrasser le Mont Saint Michel des tonnes de sables accumulés au pied des remparts, depuis plus d’un siècle ? Il est toujours possible d’extraire les sédiments avec des pelleteuses. Ces terres marines, fertiles, composées de sables et de squelettes de poissons pulvérisés, appelées tangues, enrichissaient, autrefois, les terres de la baie. Mais, on ne peut pas transformer la baie en carrière ! La présence d’engins de chantiers, le bruit, seraient incompatibles avec le maintien d’un environnement naturel de qualité. Et pour quelle efficacité… La mer redéposerait, aussitôt, ce que l’homme a enlevé. Il faut savoir que chaque marée abandonne, sur le fond de baie, 3 % du stock sédimentaire en suspension. Ce qui représente 800.000m3, par an. La baie se comble. 

Le parking voiture au pied du Mont Saint Michel avant les grands travaux
Le parking voiture au pied du Mont Saint Michel avant les grands travaux

La solution est ailleurs. Chassons au large les sédiments par une grande force hydraulique. Nous avons la chance de disposer près du Mont, d’un fleuve, le Couesnon, malheureusement très affaibli. La conquête de terres agricoles sur la mer, depuis un siècle et demi, a nécessité dans un premier temps, la canalisation du Couesnon (1856) puis la construction d’un barrage à son embouchure (1969). Cet ouvrage d’art a été une catastrophe ! Autrefois la marée remontait en amont dans le canal sur 20 km, jusqu ‘à Antrain en Bretagne. L’eau de mer stockée à marée haute dans le Couesnon, repartait à la mer au descendant. Les courants violents chassaient les sédiments déposés autour du Mont Saint Michel par la mer. Le barrage, fermé au montant, casse la marée dans son élan. La mer dépose des tangues au pied de l’ouvrage d’art et encrasse l’estuaire. Malgré ces inconvénients, ce barrage est devenu indispensable. Il protège de la mer, des quartiers bas de Pontorson situés le long du fleuve en amont, à 9 kms du Mont. Surtout, le barrage empêche la marée de noyer les polders, près de 3000 hectares, récupérés sur la mer, situés au dessous des hautes mers. 

Le nouveau barrage sur le Couesnon

Seule solution, détruire le barrage et le remplacer par un autre. Le défi est double. Le nouvel équipement doit à la fois désensabler le Mont Saint Michel et continuer à protéger les terres agricoles et Pontorson des inondations. Le pari a été relevé par Luc Weizmann. L’architecte a conçu un ouvrage d’art unique au monde. L’ancien barrage a été effacé du paysage. Le nouveau est entré en fonction en 2009. Long de 138 mètres, il comprend huit vannes. Contrairement à l’ancien barrage, ces vannes s’ouvrent à marée montante. L’eau de mer remplit le canal. A marée haute, les vannes se referment. Six heures après la haute mer, elles se lèvent progressivement. Un puissant courant, jusqu’ à 100 mètres cubes par seconde, s’établit pendant trois heures.  Il est suffisamment violent, pour éroder les fonds et chasser les sédiments vers le large, sur plusieurs kilomètres. 

Le nouveau barrage sur le Couesnon
Le nouveau barrage sur le Couesnon (photo Jack Lecoq)

60 hectares de sables chassés au large

Dans un premier temps, le lâcher d’eau du barrage a été concentré sur la partie Ouest de la baie. Là, où la situation était la plus dégradée. Aujourd’hui, une soixantaine d’hectares de sables ont été impactés. Le niveau des sables en certains endroits, comme à la Chapelle Saint Aubert, a baissé de trois mètres. Dorénavant, la mer arrive au pied du Mont Saint Michel, plus souvent et plus rapidement. Avant 2009, une petite marée, dite de «morte – eaux », restait au large. Actuellement, elle atteint le Mont, remonte l’estuaire du Couesnon, isole des bancs de sable. Malheur au touriste imprudent !

Ensuite, en 2015, il a fallu désensabler la partie Est, coté normand, du Mont Saint Michel. Cette opération a nécessité la destruction  de la  digue – routière, édifiée en 1879, plus les 15 hectares de parking. Ce n’est pas une mince affaire ! La digue remplacée par une passerelle, longue de 750 mètres, se prolonge par un gué submersible aux grandes marées. Quatre vannes, du barrage, alimentent ce nouveau bras. Le fleuve attaque les herbus qui ont  reculé de chaque coté du Mont Saint Michel de plusieurs centaines de mètres.

Avant la construction du pont-passerelle lors d'une grande marée
Avant la construction du pont-passerelle lors d’une grande marée (photo Jack Lecoq)

Une réserve d’eau de mer d’1 million 400 000 mètres cube

Ces chasses d’eau sont dangereuses pour les promeneurs en baie. Un protocole de sécurité a été mis en place, en concertation avec les guides de la baie. La chasse d’eau  n’est pas séparée en deux partie égales, 50 mètres cubes d’eau, chacun. C’est trop ! Dans la journée, l’effort, est porté à l’Ouest (80 mètres cube/seconde), déserté par les promeneurs. 20 mètres cubes/ seconde alimentent le bras Est. Les guides peuvent le traverser. La nuit, on fait l’inverse.

Le système est mis à l’arrêt, lors des hivers pluvieux. La crue gonfle, naturellement, le fleuve. Si on laissait enter, en plus, dans le canal, l’eau de la marée, le Couesnon risquerait de déborder. Des capteurs hydrauliques installés, sur plusieurs kilomètres, en amont sur le fleuve, donnent, aux techniciens de gestion du barrage de précieuses indications sur le niveau d’eau dans le fleuve. 

Le pont-passerelle pour accéder au Mont Saint Michel
Le pont-passerelle pour accéder au Mont Saint Michel (photo Jack Lecoq)

Une histoire de stockage d’eau

Les premières années, le stockage de l’eau de mer dans le Couesnon était limité par l’encrassement du fleuve. Une drague a extrait des centaines de milliers de mètres cubes de sédiments débarrassés, par lavage, de leur sel et déposés comme amendements dans les champs des polders. Ce n’était pas suffisant. A Moidrey, situé 6 km en amont de l’Abbaye, dix kilomètres de canaux creusés dans des champs, reliés au Couesnon, permettent d’y stocker 400 mètres cubes d’eau en plus. Aux très grandes marées, les ingénieurs disposent d’une énorme réserve d’eau, 1 400 000 mètres cubes, qui alimentent les lâchers qui ont lieu deux fois par jour.

Le désensablement du Mont Saint Michel est renforcé par le passage, inattendu, près du Mont, de deux  autres fleuves, la Sée et la Sélune. Depuis des décennies, elles coulaient, loin de l’Abbaye, entre l’île de Tombelaine et Genêts. Au fil des années, elles se sont rapprochées du Mont Saint Michel, rejoignant le Couesnon. La puissance érosive des trois fleuves réunis, derrière l’Abbaye, est énorme.

Le pont-passerelle aujourd’hui. (photo Jack Lecoq)