les îles Chausey

France, Manche (50), Archipel de Chausey, îles Chausey, site classé Natura 2000 // France, Manche (50), Archipelago of Chausey, Chausey Islands, Conservation area Natura 2000

L’archipel des îles Chausey

Au large de Granville, l’archipel des îles Chausey (le plus vaste archipel d’Europe) vous accueille le temps d’une escapade. Une nature magnifique, un site classé et protégé, lessivé 2 fois par jour par quelques-unes des plus fortes marées du vieux continent. Des îles Normandes ancrées à 9 milles nautiques de Granville. Un article et des photos de Thierry Seni.

Situé à quelques encablures de la côte, l’archipel des Îles Chausey, « quartier maritime  de Granville », est un joyau naturel qu’il faut absolument découvrir le temps d’une marée…

Les îles Chausey

À marée haute, l’archipel est constitué de 52 îlots. La légende veut cependant qu’à marée basse, là où s’exercent les plus grandes marées d’Europe, cet ensemble granitique laisse apparaître 365 îlots. Si la réalité est un peu différente, certains des rochers à mi-marée  étant rattachés à d’autres, il n’en reste pas moins que le paysage s’en trouve complètement métamorphosé. Et le spectacle des îlots entourés de bancs de sable et d’eaux turquoises est tout simplement magnifique !

Les îles Chausey
France, Manche (50), Archipel de Chausey, îles Chausey, site classé Natura 2000

La Grande île Chausey

Avec 46 ha de superficie, la Grande île est l’élément principal de cet archipel. Distante de 17 kilomètres de la côte, c’est là qu’on y débarque après une heure de vedette et la joie probable de voir les dauphins vous accompagner à l’étrave… Si on y trouve l’essentiel : hôtel, gîtes, restaurants, épicerie, bar, etc. ici, luxe suprême, la voiture y est proscrite ! (Excepté les quelques rares véhicules de servitude…). La journée suffit pour découvrir le lieux qu’un sentier de douaniers vous permet d’en faire le tour.

Remontons la cale et dirigeons-nous au sud, sur la partie publique de l’île… Après avoir dépassé l’hôtel, apparaît très vite le fort. Voulu par Napoléon III et achevé en 1866, il était censé se prémunir des attaques anglaises… Mais les conflits avec la « perfide Albion » ayant pris fin, il ne servit à rien. Durant la Première Guerre mondiale, il abrita des prisonniers civils allemands et autrichiens, « les indésirables », et fut occupé par les Allemands durant la Seconde Guerre. Aujourd’hui encore, les casemates sont occupées par les familles de pêcheurs et les employés municipaux qui y vivent une bonne partie de l’année.

Un peu plus loin, se dresse le phare. Mis en service le 15 octobre 1847 à la pointe sud de l’île afin de prévenir les nombreux écueils au nord, il culmine à 40 mètres du plus haut niveau de la mer. Il fut longtemps occupé par les hommes des Phares & Balises qui en assuraient l’entretien mais s’occupaient aussi de la maintenance de la centrale électrique attenante et destinée à alimenter l’île. L’édifice a été automatisé en 2007 et inscrit aux monuments historiques par arrêté, le 11 mai 2009.

Les îles Chausey
France, Manche (50), Archipel de Chausey, îles Chausey, site classé Natura 2000

Au loin vers le sud : L’entrée de la Baie du Mont Saint Michel

Après avoir contourné le phare et observé vers le sud au loin l’entrée de la Baie du Mont-Saint-Michel, la côte bretonne et Cancale, on arrive sur l’anse de Port Marie, juste à l’opposé de la cale. C’est cette ligne qui définit la limite entre la partie publique de l’île et sa partie privée, gérée depuis 1919 par la SCI des îles Chausey. Sur la petite plage, se révèle pour la première fois toute la beauté de l’estran qui découvre au fil de la marée… L’eau y est plus froide que sur le continent mais aux beaux jours, sa limpidité invite à une baignade vivifiante !

Château Renault forteresse du XVIè siècle

En longeant le sentier côtier et après un petit temps de marche, on surplombe l’anse de Port Homard et sa vigie, le « Château Renault ». Initialement forteresse construite au XVIe siècle et inlassablement détruite par les Anglais, elle fut entièrement reconstruite par Louis Renault entre 1922 et 1924. Pas moins de 200 ouvriers furent nécessaires à la restauration de l’édifice qui donne aujourd’hui à l’île principale une dimension fantastique et un petit air d’aventures de Tintin et l’île Noire… 

L’anse de la Grande Grève

Un peu plus loin encore, apparaît l’anse de la Grande Grève, protégée par Les Moines, agglomérat de rochers verticaux surplombant l’îlot de Riche Roche. À droite, on devine le rocher de l’éléphant, référence à la silhouette granitique d’un pachyderme. C’est de l’anse de la Grande Grève qu’on aperçoit aussi le mieux le Sémaphore. Construit sur Gros Mont, point culminant de l’île, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, il devait permettre aux militaires de surveiller les déplacements des Anglais. Et quoi de plus judicieux puisque c’est de ce belvédère que par beau temps, on peut observer la totalité du trafic maritime entre le Cap Fréhel au sud-ouest et l’île de Jersey, au nord. Longtemps inoccupé et désaffecté en 1939, il est aujourd’hui propriété du Conservatoire du Littoral et offre aux gardes et aux ornithologues un hébergement idéal.

À la pointe nord de l’île, on devine encore les traces des carrières de granit. Nombreux sont ceux qui pensent que le Mont-Saint-Michel a été édifié grâce à des extractions  continentales… Il n’en est rien ! Le littoral jouxtant le Mont étant à l’époque constitué de marécages et de lises, l’accès se faisait obligatoirement par la mer. Les moines bénédictins de l’abbaye qui avaient reçu Chausey en donation, utilisèrent très tôt les ressources de l’Archipel. Un ingénieux système de chaloupes ventrues, les Coucous, convoyaient les lourds blocs de granit préalablement fixés sous la coque, en utilisant le principe de la poussée d’Archimède. L’activité de carrier à Chausey connut son apogée au XIXe siècle et fournit de nombreux chantiers tels que Saint-Malo mais aussi les boulevards de Paris avec leurs célèbres pavés.

Sur la route du retour vers la zone vie, la visite n’en est pas pour autant finie et l’arrivée au niveau du village des Blainvillais confirme l’impression entrevue au moment de l’accostage. Initialement créé en 1825, ce qui n’était que constructions sommaires destinées à loger les barilleurs, ouvriers maritimes chargés de fabriquer de la soude en brûlant le varech, est aujourd’hui devenu un ensemble coquet de petites maisons de pêcheurs digne des plus belles cartes postales. Non loin, se dresse la petite chapelle. À la belle saison, on organise des offices et chaque 15 août, on y célèbre le Pardon de la mer.

Nous voici de retour aux abords de la cale, surplombée par une belle bâtisse aux murs blanchis et aux volets bleus. C’est ici que Marin-Marie, ingénieur naval et célèbre peintre de marine y établit son « port d’attache ».

La beauté des paysages des îles Chausey

Mais le véritable trésor de l’Archipel est désormais présent sous nos yeux… Arrivés à marée haute le matin, en se retirant, la marée a fait son œuvre. Un paysage bien différent s’offre désormais à nous. Là où il n’y avait que quelques îlots et de l’eau en abondance, une multitude d’îlots et de bancs de sable est apparue plus de dix mètres en contrebas. Révélant ainsi toute la richesse exceptionnelle de cet espace naturel. En observant bien, on notera la grande diversité ornithologique sur l’île. Goélands, mouettes rieuses, huîtriers-pie, aigrettes garzette, cormorans, bernaches … Chaque saison apporte ici son lot d’oiseaux, tous attirés par l’abondante nourriture et des conditions de reproduction et de nidification idéales.

Havre de paix et de biodiversité

Il est malheureusement grand temps de reprendre le bateau et de repartir vers Granville… La marée n’attend pas ! Avec le départ de la vedette, l’île sera rendue aux quelques rares habitants et touristes bénéficiant d’un gîte ou d’une chambre d’hôtel… C’est à cet instant que le silence retombe et que le véritable visage de l’archipel se révèle. Havre de paix et de biodiversité, les îles Chausey constituent une « bulle » encore préservée . Un patrimoine que nous devons impérativement transmettre intact aux générations futures…

© Thierry Seni – avril 2020